L\'Emir Abd el Kader

LA SYRIE DU NORD A L'ÉPOQUE DES CROISADES

 INSTITUT FRANÇAIS DE D A M A S
B I BLIOTHÈQUE ORIENTALE T 0 M E I"
CLAUDE CAHEN
LA SYRIE DU NORD
A L'ÉPOQUE DES CROISADES
ET LA PRINCIPAUTÉ FRANQUE D'ANTIOCHE
INSTITUT KURDE J3E PARIS
ENTRÉE
LIBRAIRIE ORIENTALISTE PAUL GEUTHNER
12, RUE VAVIN PARIS 1940

Les géographes et les voyageurs. Les géographes arabes
ne conçoivent généralement, pas la géographie arabe comme une
fin en soi ,pour les uns, qui ne nous intéressent guère ici, il
s'agit plutôt de cosmographie scientifique ; pour d'autres, elle a
pour but d'apporter un répertoire pratique à l'historien, à l'ad¬
ministrateur, ou de renseigner les amateurs de merveilles et de
lieux saints sur les curiosités et pèlerinages. Tels qu'ils sont, ils
apportent des informations archéologiques ou économiques des
plus précieuses ; mais ils présentent aussi un grand danger, parce
que, généralement érudits, ils ne distinguent qu'imparfaitement
djns leurs écrits les renseignements valables pour leur temps de
ceux qu'ils ont trouvés chez des prédécesseurs parfois antérieurs
de plusieurs siècles. Les voyageurs même n'échappent pas tous
absolument à ce reproche (1).
Trois géographes surtout nous importeront ici : Idrisi, Yaqout
et Ibn Chaddâd.
Idrisi (403/1100-560/1165) était un Maghrébin qui fut chargé
par Hoger II de Sicile, au milieu du xne siècle, de composer une
géographie générale dont l'objet était surtout commercial ; aussi
notc-t-il soigneusement par pays les routes, les distances, les res¬
sources, d'après des informations aussi récentes que possible ;
son ouvrage, qui est accompagné d'un grand nombre de cartes,
est peut-être le monument le plus important de la géographie
médiévale.
Yâqout est bien différent. Esclave d'origine anatolienne chré¬
tienne, puis affranchi, il vécut (575/1179-626/1229) de copie et de
librairie, et voyagea à travers presque toutes les bibliothèques de
t"A»ie musulmane et de l'Egypte. On lui doit divers ouvrages d'une
énorme érudition, dont les deux principaux sont son dictionnaire
Ats lrltrf«, déjà signalé, et son dictionnaire géographique ; ce
dernier est un répertoire alphabétique dés noms de lieux trouvés
à*n% les auteurs géographiques, historiques, et autres ; pour
chaque lieu il donne, en dehors d'une description, l'indication
rtmrnaire de faits frappants de son histoire, des hommes notables

risque dénué d'originalité, mais précieux comme tout répertoire
'H Comme introduction générale a la géographie arabe, la meilleure reste
ftU d« Reinaud â sa traduction d'Abou'I-Féda, Paris, 1848, 4°.
92 La dYHUE DU NORD AU TEMPS DES CROISADES
érudit, où il faut seulement se méfier des anachronismes et des
dédoublements de noms d'un même lieu rencontré sous deux or¬
thographes.
D'Ibn Chaddâd, administrateur à curiosités archéologiques, le"
plus précieux de nos trois géographes pour la Syrie et la Djéziré,
il a été question déjà à propos de l'histoire, qu'il a également cul¬
tivée.
Tous les autres géographes, soit antérieurs à Yâqoût (Abou'l-
Fath Naçr ibn 'Abdarrahmân al-Iskandari, mort en .560/1165), soit
postérieurs (Qazwini, 600/1203-682/1283), il n'y a à retenir ici
qn'Abou l-Féda, qui n'est guère plus original comme géographe
que comme historien, mais offre tout de même pour la Syrie,
qu'il connaît bien, une utile mise à jour de Yâqoût. On peut
consulter aussi avec quelque fruit, malgré leur date tardive, les ency¬
clopédies administratives de Chihâb ad-dîn al-'Omarî (milieu du
xrve siècle) et de Qalqachandî (xv° siècle) en prenant garde aux
anachronismes.
Parmi les voyageurs, il faut signaler Abou Hâmid al-Gharnâtî
(milieu du x" siècle), attaché à relever les curiosités naturelles
et archéologiques, mais peu utile pour la Syrie ; aï-Maucilî( se
conde moitié du x° siècle), qui ne signale guère que les chaikhs
par lui rencontrés ; Ali de Hérat (mort en 1214), qui ne s'occupe
que des lieux de pèlerinage ; mais le principal est Ibn Djoubaïr,
un Andalou né en 540/1145, qui se rendit en 1183 d'Espagne à
la Mecque par l'Egypte, puis revint par la Mésopotamie, la Djé¬
ziré, Alep, Damas et Acre, où il s'embarqua ; s'a relation, remar¬
quable par l'intelligence des observations économiques et sociales,
doit cependant être critiquée, parce qu'elle traduit non pas tou¬
jours l'expérience directe de l'auteur, mais aussi la présentation
dés faits qu'il a reçue de certains interlocuteurs. Il n'existe pas
de récit de voyage utile pour le xm° siècle (1).
(1) Les princiapux géographes et voyageurs arabes concernant la Syrie (sauf Ibn Chaddâd) sont traduits dans Le Strange, Palestine under ihe Moslems, Londres, 1890, qu'on complétera par l'ouvrage du même The lands oj Ihe eastern caliphate, Cambridge, 1905. Pour Idrisi, il n'existe pas d'édition complète ; on doit se reporter à la traduction de Jauberl, Paris, 1836, complète mais mauvaise, et pour la Syrie seule à celles de Gildemeister (ZDVP 1885) ou de Brandel(Upsala, 1894, en suédois) ainsi qu'aux extraits de Le Strange. Les caries
sont publiés par K. Miller, Mappae arabicae, Stuttgart, 1926-1928
LES SOURCES ARABES 93
H) Pièces d'archives et correspondance. Contrairement à ce
qui a lieu pour la documentation occidentale, nous ne connais¬
sons à peu près aucune charte arabe remontant à notre période ;
les fonds de mosquées ont été à peine examinés, mais, même
mieux utilisés, il paraît peu probable qu'ils livrent jamais grand'
chose d'antérieur aux Mamloûks. Ce qu'on en connaît provient
des chroniques ou des traités de chancellerie où ils ont été trans¬
mis. Leur diplomatique n'a pas été suffisamment étudiée encore.
Les citations de correspondance officielle, quelquefois privée,
«M plus fréquentes. Nous avons d'autre part conservé directe¬
ment deux collections de lettres, qui doivent à leur style et à la
personnalité de leurs auteurs d'avoir été recueillies commes des

bien documenté et écrit au moment même des faits (il parle de la Syrie, du nord) (1) ; l'autre est la correspondance mi-littéraire mi-politique de l'Ayyoubide malheureux an-Nûcir Dâoûd, rassemblée par un de ses fils avec des commentaires qui constituent une sorte de biographie (2).
qoôl, il existo une édition (Wustenfeld, Leipzig, 1866-1873, 6 vol. 8°, à compléter par 0. ïtescher, Sachindex..., Stuttgart, 1928), mais pas de traduction ;



10/08/2012
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