L\'Emir Abd el Kader

l'Emir Abdelkader cherchait l’unité dans la diversité

l'Emir Abdelkader cherchait l’unité dans la diversité

2 mars 2012

 

 

John Kiser, professeur à l’université Columbia à Washington, est l’auteur d’une biographie sur l’Emir Abdelkader, Commander of the faithful : the life and times of Emir Abdelkader

(Commandeur des croyants : la vie et les temps de l 'Emir Abdelkader)

 

 paru aux Etats-Unis.

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- Vous dites que l’Emir Abdelkader est actuel. Pourquoi ?

L’Emir Abdelkader est un modèle pour les musulmans et les non-musulmans. Il avait un caractère exceptionnel. Il combinait l’intelligence, la compassion et le refus de la haine. C’était un unificateur, pas un diviseur. Il avait fait la distinction entre les chrétiens qui avaient envahi son pays pour l’occuper et les chrétiens de Damas dont il avait assuré la protection. Pour lui, tous les chrétiens n’étaient pas les mêmes. Il avait refusé d’être l’otage de sa passion ou de ses émotions. Pour combattre la phobie anti-islam, les non-musulmans doivent voir cette religion autrement. Les musulmans doivent savoir, de leur côté, que le djihad ne signifie pas l’assassinat des infidèles. Il n’est pas juste de dire qu’être non-musulman, c’est être infidèle. Il y a les chrétiens, les juifs, les bouddhistes, les non-croyants, etc. Le Coran a bien précisé qu’il n’y a pas de contrainte en religion.

- Pour vous, l’Emir Abdelkader était le Vatican II (concile œcuménique de l’Eglise catholique organisé entre 1962 et 1965 consacrant l’ouverture au monde) musulman. Quelle en est la raison ? Le Vatican II était un rassemblement de grandes têtes chrétiennes qui avaient décidé que l’Eglise catholique n’était pas le seul chemin vers Dieu et qu’il fallait être humble. Le fini ne peut pas concevoir l’infini. L’Emir Abdelkader, qui était un homme de dialogue, était d’accord avec cette vision. Il n’y a pas de conflit entre politique, religion et connaissance.  
- L’Emir Abdelkader était-il un penseur moderne ?

Il n’est pas moderne, si vous croyez que la religion n’est pas moderne. Ne pas être matérialiste et ne pas être un homme qui croit que tout est fait par les atomes qui se poussent risque d’être considéré comme archaïque. Cependant, beaucoup de gens pensent qu’il y a une vie au-delà du monde matériel. Je dirais que l’Emir Abdelkader était très moderne dans sa capacité d’associer la foi à la raison. Lui-même disait que croire sans raison, c’est de la superstition ; raisonner sans croire, c’est de l’arrogance. Arrogance dans le sens que l’homme se prend pour Dieu.

- Pour vous, l’Emir Abdelkader est le George Washington arabe…

Ce parallèle n’est pas précis, parce que George Washington avait vaincu les Anglais (chef d’état-major de l’armée pendant la guerre d’indépendance américaine entre 1775 et 1783, puis premier président des Etats-Unis). Le rapport est lié au fait que l’Emir Abdelkader est considéré comme le fondateur spirituel de la nation algérienne. George Washington était aussi un homme de foi… 
- L’Emir Abdelkader est-il connu aux Etats-Unis ?

Non, aux Etats-Unis, la tradition de lire l’histoire de l’Afrique du Nord n’existe pas. En règle générale, l’histoire est assez peu lue dans ce pays. Nous sommes des ignorants en
histoire ! Certains savent à peine où se trouve la capitale américaine et dans quel Etat ! L’œuvre de l’Emir Abdelkader n’est étudiée que dans des cours spéciaux, à l’université, sur l’Afrique et sur le Maghreb. Des cours peu nombreux. 
- Vous avez lancé un projet éducatif on line sur l’héritage de l’Emir Abdelkader…

Ce projet vise à familiariser les élèves et les étudiants avec la vie de l’Emir Abdelkader, un des plus grands hommes du XIXe siècle que le président Abraham Lincoln adorait. Le New York Times avait fait un éloge remarquable après son décès, en 1883, en écrivant : «Sa noblesse de caractère lui a valu l’admiration du monde entier. Il était l’un des quelques grands hommes de ce siècle.»

Et comment votre biographie a-t-elle été accueillie aux Etats-Unis après sa sortie ?

Les Américains, qui n’ont pas d’idée préconçue sur l’islam, l’ont bien accueillie. D’autres ont été méfiants du fait que le livre était écrit sur un Arabe et évoquait le djihad. Certains Américains confondent «djihad» et «islam» avec terrorisme.

- L’Emir Abdelkader était-il en lien avec la franc-maçonnerie ?

Oui, il s’en est éloigné après avoir appris que l’organisation avait accueilli des athées en son sein. Pour certains, le lien de l’Emir Abdelkader avec la franc-maçonnerie est une question sensible, mais cet aspect est insignifiant. L’Emir Abdelkader était un homme qui aimait la discussion, l’échange d’idées. Ouvert d’esprit, il voulait apprendre de toutes les personnes avec qui il parlait. Il cherchait l’unité dans la diversité.
Fayçal Métaoui



07/08/2012
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