L\'Emir Abd el Kader

« La jeunesse de l’Emir Abd El Kader » De Kaddour M’Hamsadji

   
 
   
 
 
   
 
 
 

« La jeunesse de l’Emir Abd El Kader » De Kaddour M’Hamsadji

L’enfance d’un héros
 
Ce nouvel ouvrage de Kaddour M’Hamsadji vient, fort à propos, combler une lacune dans la connaissance du parcours de l’enfant de Mascara, l’Emir Abd El Kader.
mardi 23 mars 2004.

Qui réellement connaît l’enfance et la prime jeunesse de celui qui sera élevé à la dignité d’Emir, un jour de l’automne de 1832, alors qu’il n’avait que 24 ans ?

Peu d’historiens ont en fait et pris en compte cet aspect du vécu de celui que les Algériens honorèrent du titre d’Emir (prince). En fait, les actes de l’homme politique, du guerrier, voire du poète, ont été soumis au peigne fin de l’investigation des historiens et des analystes du parcours politique, militaire et intellectuel de l’enfant de Mascara.

Mais sa jeunesse ? Voilà une omission qui persistait dans le vécu d’un homme qui pourtant a fait l’objet d’une multitude d’écrits et de biographies dont, il faut le constater, nombreuses avaient plus un caractère laudatif que réellement analytique. Quelle a été la jeunesse de cet homme exceptionnel ?

Telle est la gageure que Kaddour M’Hamsadji s’est assigné, replaçant de fait le héros mascaréen dans le contexte humain de l’enfance et de la jeunesse, montrant par là que la formation du futur émir a obéi à un cursus universel, qui n’avait rien à voir avec la génération spontanée. En fait, en humanisant le grand homme, l’auteur le rend plus proche, moins mythique ou mystérieux, tout compte fait, un homme qui a eu une enfance et une adolescence commune à tout être humain, rendant de la sorte le prince de Mascara plus réel.

Le livre « La jeunesse de Abd El Kader » tente de faire le tour de la question et, par là, donne à voir le parcours, à tout le moins rare, qui a été celui du fils de Mohieddine, chef de la zaouïa de la confrérie des Qâdiriya de la grande tribu des Hachîm. Son enfance, sa formation religieuse, spirituelle et militaire tant dans la zaouïa de son père, qu’à Oran sous la direction d’un maître soufi, son mariage avec sa cousine, Khéira, sa prise de conscience du contexte politique de l’époque, notamment au contact des expériences étrangères, en Egypte, en Syrie et au Hedjaz ou il accompagna son père en pèlerinage, de même qu’en exil, forgèrent la personnalité du jeune Abd El Kader, qui très tôt, montra les aptitudes d’un chef.

« La jeunesse de Abd El Kader » de Kaddour M’Hamsadji lève le voile donc sur cette période de la prime adolescence du futur homme d’Etat. En fait, l’ambition avouée de l’auteur est d’abord de faire oeuvre didactique dès lors que cet ouvrage s’adresse, en priorité, à la jeunesse d’aujourd’hui peu aux faits du vécu des figures emblématiques qui modelèrent l’Algérie moderne.

D’ailleurs dans son préambule, expliquant cet essai biographique sur l’Emir, M’Hamsadji indique « (...) cette réécriture se veut à nouveau essentiellement essai évoquant un aspect, peu étudié, - l’enfance, l’éducation, la jeunesse et la formation jusqu’à son élévation au rang d’Emir -, de l’une des plus prestigieuses figures de l’Histoire de notre pays et l’un des plus brillants symboles de la résistance nationale à l’agression militaire et coloniale française en 1830 ».

Remonter jusqu’à l’enfance de l’Emir, suivre de près, ou plutôt retrouver, ses premiers pas dans la vie, les premiers contacts avec son environnement, restituer les éléments qui allaient jouer un rôle éminent dans la formation du jeune Abd El Kader et le forger à sa future destinée d’émir, voilà une chose qui était, en fait, peu évidente singulièrement face à l’absence d’une documentation sur cette période-clé de la formation du bâtisseur de l’Etat algérien moderne. En fait, la bibliographie sur l’Emir, paradoxalement abondante, est curieusement silencieuse sur l’enfance du natif d’El Guetna, les historiens de Abd El Kader ne prenant pas suffisamment en compte la jeunesse et l’adolescence de cet homme exceptionnel.

Pourtant, c’est une période charnière pour le jeune homme, qui contribua à la formation du guerrier, du diplomate et de l’homme d’Etat qu’il deviendra. C’est donc cette période méconnue du vécu de l’émir que Kaddour M’Hamsadji fait remonter à la surface, éclairant les faits et les actions de celui qui allait être promu à un destin hors pair. Cycle que l’auteur s’est efforcé de restituer avec le maximum de précisions, - avec bonheur, il faut le noter, nonobstant le peu de documents disponibles sur cette étape privilégiée du vécu du jeune Abd El Kader. Se défendant de faire oeuvre d’historien, position qu’il laisse volontiers à d’autres personnes plus qualifiées, M.M’Hamsadji se veut en fait n’être que le défricheur, celui qui ouvre la route à un champ, il faut bien le dire, encore en friche, celui de la biographie historique.

Au nom du père

En vingt chapitres concis et bien documentés, allant à l’essentiel, Kaddour M’Hamsadji brosse ainsi un portrait saisissant du futur émir. D’emblée, l’auteur va droit au but et pose les actes et les méthodes qui jouèrent un rôle dans la vie du jeune homme. En fait, la jeunesse, la formation qu’il a reçues, l’environnement dans lequel il a grandi, les grands esprits de l’époque qu’il a côtoyés, expliquent l’homme, le guerrier et le mystique, -soufi disciple de la zaouïa de la confrérie des Qâdiriya que dirigeait son père Hadj Mohieddine -, qui forgèrent le destin de celui qui sera élevé à la dignité d’Emir. De fait, Abd El Kader avait coutume de dire « Ma carrière me fut tracée par ma naissance, mon éducation et mes prédilections ».

Sa naissance ? Il descend d’une famille de chorafa comme il se plaît à le préciser, faisant remonter sa filiation jusqu’au Prophète Mohamed. Son éducation ? La zaouïa a pourvu à sa formation spirituelle, intellectuelle et militaire. Ses prédilections ? Ce sont celles qui ont permis à cet homme de s’imposer parmi ses semblables. Ce qui permis aussi à l’Emir, d’acquérir plus tard la sagesse, celle de l’homme qui a trouvé la sérénité en Dieu comme il le montra en Syrie, lorsqu’il intercéda en faveur des chrétiens, dépassant les petitesses connotées aux différences culturelles et religieuses.

Abd El Kader est né à El Guetna, un lieudit à une vingtaine de kilomètres de Mascara, un 6 septembre 1808, comblant les voeux d’un père en attente du fils à la hauteur des espérances qu’il faisait pour sa lignée, d’autant plus que les deux enfants qu’il eu de sa première épouse, sayyida Ourida, déçurent beaucoup les espoirs et les attentes d’un père qui voulait laisser en de bonnes mains l’héritage ancestral.

Et Abd El Kader a été ce prodige attendu, faisant valoir dès sa prime enfance des dispositions qui feront la fierté de ses parents Mohieddine Ibn Mostafa et sa mère, sayyida Zohra, la seconde femme de son père, laquelle joua un grand rôle dans l’éducation de son fils. Mais en fait, c’est Mohieddine, sage parmi les sages, chef de la zaouïa des Qâdiriya, homme pieux, cultivé et de bon conseil, qui allait se consacrer totalement à la formation de ce fils qui promettait tant. Par petites touches, Kaddour M’Hamsadji introduit le lecteur dans l’intimité de la famille de Mohieddine et plus singulièrement dans la vie de la jeunesse du futur Emir.

Celui-ci, nous dit le chercheur, a été celle d’un élève studieux, éveillé et curieux de tout. De fait, écrit M’Hamsadji, au fur et à mesure qu’il grandissait, le jeune homme confirmait tout le bien que son entourage pensait de lui, allant même au-delà des voeux les plus secrets que son père ait pu souhaiter pour lui ce qui, sans doute, le détermina à reporter sur ce fils prodige les ambitions, même les plus inavouées, qu’il avait conçues pour lui-même. Face à la dégradation de la situation dans le pays, induite par l’invasion française, les tribus de l’Ouest, notamment les Beni Ameur, les Derqâoua alliées des Hachîm réunies en djamaâ (grande assemblée des notables), se sentant dans le besoin d’avoir un chef pressèrent le vieux hadj Mohieddine, le chef prestigieux des Hachîm, à prendre la tête de la résistance à l’occupation étrangère.

C’était l’opportunité qui donna à Mohieddine de proposer naturellement à la djamaâ de désigner son fils Abd El Kader, devenu un guerrier altier, à la charge de chef de la résistance. Ensuite, c’est toute l’Algérie résistante qui se reconnaîtra dans ce chef, confirmant une stature qui ne sera jamais démentie. C’était en 1832, deux ans après le débarquement des Français à Sid Fredj (Sidi Ferruch). Mais avant d’en arriver à ce statut de chef de la résistance, Abd El Kader passera par la dure école des zaouïas, où il complétera son savoir et se formera militairement et intellectuellement

Au commencement la zaouïa

En réalité, selon toutes les biographies disponibles, certes en majorité écrites par des militaires français que l’Emir, d’une manière ou d’une autre, côtoya au combat et dans la vie, se faisant même de certains d’entre eux des amis qui devinrent aussi ses biographes , la zaouïa joua un rôle central dans la formation, certes religieuse et spirituelle, mais singulièrement militaire et intellectuelle, de celui qui mena la résistance contre l’occupation française.

La Zaouïa implantée près de Sidi Kada, pas loin de Mascara, était une vraie université prodiguant les connaissances de l’époque en matière tant religieuse, certainement, que scientifique et politique, et également militaire. Une formation complète était ainsi donnée aux élèves. Le futur émir était particulièrement assidu et studieux affirment ses biographes. Curieusement, ce sont les militaires français, adversaires de l’Emir, qui eurent le mérite, par leurs écrits, de faire connaître au monde cet homme décidément hors du commun.

En fait, les zaouïas, notamment dans cette région ouest du pays, en butte autant à la domination turque qu’aux velléités territoriales marocaines, ont constitué, outre le centre d’enseignement et de formation, le bastion de la résistance contre les uns et les autres avant de devenir le fer de lance de la résistance contre la colonisation française et dont la tribu des Hachîm, dont est originaire l’Emir Abd El Kader, a été le porte-étendard de ce combat pour la liberté et la dignité. Autant dire que le jeune Abd El Kader était à bonne école lorsque son père l’introduisit dans la zaouïa ancestrale où il prendra le même chemin qu’ont emprunté son père, Mohieddine, son grand-père Mostafa et son arrière-grand-père Mohamed patriarches qui donnèrent sa notoriété à cette zaouïa vouée à la confrérie des Qadiriya, confrérie créée au XIIe siècle par Abd El Qâdir El Djilâni.

La zaouïa au fil du temps est devenue le centre spirituel et politique de la grande tribu des Hachîm. C’est donc dans cette zaouïa, nous dit Kaddour M’Hamsadji, que le jeune Abd El Kader apprit ses humanités tout en poursuivant parallèlement une formation militaire montrant également les aptitudes d’un cavalier émérite. Dès lors, graduellement son père l’introduisit dans les débats qu’organisait la zaouïa lui donnant de se frotter aux discussions politiques ou spirituelles propices à aiguiser son esprit.

A 19 ans, Abd El Kader est déjà plus mûr que les jeunes de son âge. Aussi, son père décida-t-il de le mener avec lui au Hedjaz accomplir l’un des cinq piliers de l’islam, le hadj. Au Hedjaz, le jeune Abd El Kader sera en contact direct avec les plus grands penseurs de l’islam de l’époque tirant profit de leur savoir qui lui permit d’acquérir d’autres connaissances et de compléter sa formation. Son père en butte aux tracasseries du bey d’Oran, a dû prolonger son séjour au Moyen-Orient et profita de l’occasion pour visiter le tombeau d’Abd El Qâdir El Djilâni à Baghdad. Un monde nouveau s’ouvrait au jeune homme qui assimilait tout.

Il eut même l’honneur de discuter avec le vice-roi d’Egypte le fameux Méhmét Ali (Mohamed Ali Pacha). En 1829, de retour d’exil après près de trois ans d’absence du pays, Abd El Kader épouse sa cousine Kheira. En fait, au moment où les Français occupaient Alger en juillet 1830 et déferlaient sur le pays, le jeune homme était déjà prêt à prendre la tête de la résistance contre la nouvelle colonisation, celle des Français.

Quand en 1832, les tribus de l’Ouest décidèrent d’élever le jeune Abd El Kader à la dignité d’Emir, - il avait alors 24 ans-, elles savaient qu’elles venaient de mettre le destin du pays entre de bonnes mains. Homme politique, fin stratège, et guerrier audacieux, Abd El Kader a ainsi marqué son temps d’une manière indélébile. Un héros est né.
Mais cela est une autre histoire.

N. Krim, l’Expression



05/08/2012
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